Aller au contenu
Accueil » OBAKU, I shin den shin

OBAKU, I shin den shin

Zazen  1 

Obaku fut le maître de Lin-chi. Très important pour lui, car il fut son premier maître, celui qui influença son cœur. Comment cela s’est-il passé ? Comment en fait cet esprit insaisissable s’est-il transmis de Bouddha jusqu’à nous-mêmes, de telle façon que nous soyons encore tous animés de cette pureté, de cette envie et de ce désir de la vie incluant celle de l’esprit, notre vie spirituelle.

Une fois, un moine demanda à Obaku : « Si vous dites que l’esprit peut être transmis, donc comment pouvez-vous dire qu’il n’est rien ? ». Et Obaku répondit : « Ne rien réaliser est posséder cet esprit transmis ». Mais le moine insista : « S’il n’y a rien et aucun esprit, alors comment peut-il être transmis ? ».

« Vous avez entendu cette expression “transmission de l’esprit” et alors vous pensez que quelque chose doit être transmis. Vous faites erreur. Bodhidharma a dit que lorsque la nature de l’esprit est réalisée, il n’est pas possible de l’exprimer verbalement. Clairement, il n’y a rien à obtenir dans la transmission de l’esprit, ou si quoi que ce soit est obtenu, ce n’est certainement pas de la connaissance ».

Ainsi, lorsque Bodhidharma vint en Chine pour la première fois, il transmit la véritable sagesse, en utilisant son kesa comme symbole, mais en ce qui concerne l’enseignement réel, aucun symbole n’était nécessaire. Il fut transmis spontanément d’esprit à esprit. I shin den shin, c’est-à-dire sans passer par les mots.

Obaku note à ce propos : « Les gens mondains, c’est-à-dire du monde, comme tout le monde, ne peuvent pas identifier leur propre esprit. Ils croient que ce qu’ils voient, ou entendent, ou sentent, savent, est l’esprit. Ils sont bloqués par le visuel, l’auditif, le toucher et le mental, ainsi ils ne peuvent voir l’essence  brillante de leur esprit originel. Cet esprit est illuminé, et pur comme la vacuité, sans forme.»

Lorsque le soleil se lève et éclaire le monde entier, il n’éclaire pas la vacuité ; et lorsque le soleil se couche, l’obscurité s’étend sur le monde, mais la vacuité n’en est pas obscurcie. La lumière et l’obscurité sont des phénomènes conditionnels, qui alternent et sont en contraste l’une par rapport à l’autre. La vacuité est libre de toute alternative. Ainsi il ne s’agit pas de voir cet esprit seulement dans Bouddha et de considérer les êtres humains comme porteurs d’ignorance, car cet esprit pur est l’esprit ordinaire, l’esprit des gens ordinaires est le même. Il n’y a pas plus d’esprit dans Bouddha, il n’y en a pas moins dans les gens ordinaires.

Aussi à la question : « Où puis-je trouver le Bouddha ? » Il répondit : « Vous êtes le Bouddha ».

Un jour, un moine demanda à Obaku : « Nous voyons le portrait de Bouddha, mais où est le Bouddha ? »

Obaku cria : « Pei Hsiu (le nom du moine) ».

Immédiatement Pei Hsiu répondit : « Oui Maître ».

Et Obaku lui dit : « Où est-il maintenant ? »

Zazen 2 

En chinois, le mot « shin » signifie littéralement noyau ou essence ; dans le zen, c’est la vacuité, l’esprit sans pensée. Donc « i shin den shin », la transmission de l’esprit est inexprimable et pourtant ça se passe.

Si vous souriez à quelqu’un que vous aimez bien et qu’il vous sourit en retour, pas besoin de mots. Que pourraient-ils exprimer de toute façon ? On ne parle même pas de transmission, mais bien d’intimité. L’esprit de l’un, vide, sans pensée, communie avec l’esprit de l’autre, vide, sans pensée, juste dans l’instant. Un même esprit et pourtant deux personnes. Comme deux personnes, une seule fleur, deux personnes un seul kesa transmis comme symbole. A la fois deux sourires, à la fois le même sourire, ni un seul sourire, ni deux sourires. N’allez pas chercher uniquement cette transmission de l’esprit, en fait ce passage continu d’intimité et de complicité uniquement chez les maîtres de la transmission, elle existe partout, entre tous, entre chaque être qui en rencontre réellement un autre où toute distance disparaît entre eux.

Une fois une mère gardait précieusement trois boîtes en bois précieux, hermétiquement fermées. Elle avait trois filles et il leur était défendu d’y toucher. Chacune d’entre elles se demandait ce qui pourrait bien être dans les boîtes. Elles les regardaient mais rien n’y faisait, elles ne pouvaient qu’imaginer tous les trésors peut-être qui devaient être renfermés dans les boîtes. De l’or ? Des diamants ? Un souvenir exceptionnel ? Quoi vraiment ? Pour que ces boîtes soient si énigmatiques, cela voulait vraisemblablement dire que leur contenu devait être merveilleux. Surtout si leur mère leur défendait de les ouvrir. Quand elles furent adultes, une fois leur mère leur indiqua la boîte que chacune d’elle recevrait plus tard, mais ne dit rien quant au contenu.

Il arriva bien sûr que plus tard leur mère disparut. Elles trouvèrent alors les boîtes et se rappelèrent à qui d’entre elles chacune appartenait. Chacune emmena sa boîte chez elle.

La première l’ouvrit et trouva des pièces d’or. Une petite fortune. Comme elle n’avait pas beaucoup d’argent, elle vendit les pièces d’or et put vivre quelque temps avec l’argent récolté. Puis elle continua sa vie comme avant.

Quand la deuxième ouvrit sa boîte, elle fut éblouie par les diamants qu’elle contenait. Elle les mira à la lumière et ils répandaient des couleurs magnifiques, transparentes, légères et vivantes. Elle garda donc les diamants et rangea la boîte dans une armoire. Il se passa un jour où sa maison prit feu. Les flammes étaient immenses et le feu si intense qu’il monta à plusieurs milliers de degrés. Même les pompiers ne pouvaient s’en approcher tellement la chaleur était intense. « Mon Dieu, se dit-elle, les diamants ! ». Elle ne les retrouva pas dans les cendres de sa maison, vu l’extrême chaleur, les diamants s’étaient consumés. Alors elle continua sa vie, des fois regrettant ces magnifiques diamants.

La dernière rentra chez elle et ouvrit la boîte. Elle était vide, mais il lui sembla qu’un léger parfum s’en échappait, aussi léger que l’air du temps, frais, vivant. Celui-ci lui rappela sa mère. De façon étrange, cette senteur si légère, presque imperceptible, qu’elle ne pouvait la décrire, savoir de quoi elle était faite était semblable à l’amour de sa mère. Alors elle vécut en le conservant vivant dans son cœur et le transmit ainsi à toute sa descendance pendant des siècles.

Ce qui est transmis ou partagé dans le zen n’est ni de l’or, ni des diamants, mais l’essence même de l’or, l’essence même des diamants, leur vacuité, ce qui fait que pour nous les diamants sont beaux et non les diamants eux-mêmes. A part cette essence d’intimité, tout le reste est des symboles, et c’est bien si l’or n’est pas vendu mais gardé comme symbole de la chaleur humaine qu’il contient, de l’amour qu’il contient. Si les diamants ne sont pas laissés à l’abandon et brûlés, mais gardés pour leur lumière et la pureté qu’ils symbolisent, alors on peut dire que c’est la transmission de l’esprit.

C’est cette pureté, cette chaleur humaine, cette lumière qui s’est transmise réellement. Et c’est pour cela, parce qu’elle s’est transmise, que nous pratiquons encore aujourd’hui une voie spirituelle, manifestant par là avec notre corps et notre esprit, cet esprit qui est à la fois le nôtre. C’est en nous que cet esprit prend vie, autrement ce n’est que vacuité.

Zazen 3

Lorsque sur son chemin un enfant offrit une poignée de sable à Bouddha, qui lui offrit-il vraiment ? Ce qu’il lui offrait a passé dans l’instant par la poignée de sable mais ce n’est pas la poignée de sable en elle-même bien sûr. Le regard de l’enfant, l’offrande, le sourire du Bouddha, l’innocence de cet enfant partagés entre les deux. Alors bien sûr l’imbécile regarde le sable, le doigt et non la lune. Mais l’enfant ne pouvait pas lui offrir de la vacuité, lui offrir rien, alors il offrit du sable. La vieille femme lui offrit un infâme brouet de vieux légumes, l’esprit est le même, mais le medium est différent.

Dans la nature, l’oiseau transmet son chant, les fleurs leur odeur, le vent sa caresse, tout cela touche notre esprit, comme la joie de l’oiseau, l’épanouissement d’une fleur, un courant d’air insaisissable.

Obaku dit : « Les gens dans le monde ne peuvent pas identifier leur propre esprit. Ils peuvent le connaître intimement mais non l’identifier, non le nommer ». Il se trouve alors dans la chaîne de la transmission particulière du zen, qu’à certaines époques plusieurs personnes partagèrent cette intimité, à d’autres époques une seule, comme Mahakashyapa avec le Bouddha. Pourquoi ? Pas d’explications, cela s’est transmis et voilà. D’ailleurs, cela s’est transmis à beaucoup de personnes et cet esprit se transmet encore aujourd’hui  à beaucoup de personnes, des fois immédiatement, des fois au cours des années. Mais aussi pour certifier objectivement cette transmission, on transmet aussi des choses réelles, qui prennent et contiennent la valeur symbolique de cette transmission : kesa, documents secrets, croix, livre, cérémonie de transmission, baptême, barmittsva, circoncision, entrée à la mosquée avec les hommes. Un parfum impossible à identifier, une présence invisible, cette vacuité qui contient tout.

J’ai rencontré Etienne comme ça, d’un coup. Il reste l’infime senteur de la boîte vide, mais aussi un rakusu, un kesa, c’est donc vrai. Ainsi dans les ordinations transmet-on un rakusu avec la signature, le nom, les tampons, c’est donc bien vrai, l’esprit est là, partout, certifié objectivement par disons le rakusu ou les bols, manger et vivre.

C’est un peu la même chose, je vous parle avec des mots. Mais ceux-ci sont vides s’ils ne sont pas en fait l’esprit. Il est marrant de constater que c’est la vacuité qui fait la plénitude des choses. Ouvrir sans clé un cadenas sans serrure.

Votre esprit, mon esprit, si vus comme des gouttes d’eau sont séparés. Quand les gouttes d’eau se rejoignent, elles forment un océan où chacune d’entre elle est indissociable des autres. Ainsi tout est contenu dans l’esprit, dans la totalité de l’esprit. Sans eau, il n’y a pas d’océan, sans êtres, humains, montagnes, rivières, briques, animaux, il n’y a pas d’esprit. Mais l’esprit est la globalité des esprits humains, montagnes et rivières et de tout.

Voilà, tout se transmet d’un être à un autre, car rien ne se transmet vraiment mais tout se partage et continue à se partager, devient indissociable comme l’eau de l’océan. Et vous-mêmes continuez  cette transmission-là, avec tous les êtres.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *