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Dukkha, le sermon de Bénarès et les cinq skandhas

Comment comprendre la signification de Dukkha

Le Bouddha se trouvait au Parc des Gazelles dans un village proche de Bénarès. Il était accompagné de cinq bikkhus, c’est à dire de cinq moines, et c’est à eux qu’il s’adressa dans son premier sermon de la mise en route de la Roue de la Loi, et la fit tourner pour la première fois. Ce n’est pas le fait que le Bouddha enseigne qui marqua le départ de la mise en marche de la Loi, mais le fait qu’il fut compris par ces cinq moines, ce qui marqua le début de la transmission de son enseignement à quelqu’un et qui se propagea par la suite.

Tous les discours du Bouddha commencent par « Ainsi ai-je entendu ». Ils ne contiennent aucun élément de sa vie dont on ne sait que très peu de choses. Sa biographie n’est pas un témoignage historique mais une illustration de son enseignement, montrant comment nous sommes avant et après l’éveil. Et donc la vie de Bouddha est une illustration de son enseignement. Par exemple on ne sait rien de certain entre sa naissance et son éveil, ni où le Bouddha connût l’éveil. De plus le Bouddha voyagea beaucoup dans cette région du Gange au nord de l’Inde. Mais ce n’est guère important, ce qui l’est est la transmission de ses enseignements.

Le premier discours du Bouddha fut sur les Quatre Nobles Vérités, ou les quatre aspects de la Réalité pour ceux qui les comprendront et en feront une première expérience, soit les Nobles. Le Bouddha ne cherchait pas à exposer une vérité universelle mais à nous mener sur le chemin d’expérimenter la réalité des choses par nous-mêmes. Son enseignement est un moyen habile pour que nous puissions mettre fin à nos illusions et faire basculer nos certitudes erronées. Par conséquent il s’adresse de façon différente à des auditeurs différents. Ses discours ne s’adressent pas à tout le monde en général. Il y a des gens qui ne sont pas faits pour l’enseignement du Bouddha, ni du zen et il ne sert à rien alors d’essayer de leur dire quoi que ce soit.

Les quatre Nobles Vérités ne sont qu’une partie du sermon de Bénarès.

« Ainsi ai-je entendu.

Voici, ô bhikkhus, la Noble Vérité sur dukkha. La naissance est dukkha, la vieillesse est dukkha, la maladie est dukkha, la mort est dukkha, être uni à ce que l’on n’aime pas est dukkha, être séparé de ce que l’on aime est dukkha, ne pas avoir ce que l’on désire est dukkha, en résumé, les cinq agrégats d’attachement sont dukkha. »

Dukkha est un terme pali (duhkha en sanskrit), c’est le centre de l’enseignement du Bouddha, et désigne une caractéristique fondamentale de notre existence, liée au fait même d’exister. On le traduit généralement par “souffrance”, mais ce terme contient la notion de supporter et ne convient pas trop, dukkha est plus proche de “mal-être” ou d’insatisfaction. Elle est liée à la non-durabilité des choses. Tout ce qui se trouve dans notre vie apporte à la fois le bonheur et l’insatisfaction : les choses agréables, ou le bonheur, ne durent pas, c’est dukkha, les choses désagréables durent, c’est également dukkha. Notre existence elle-même est inséparable de dukkha, car elle ne dure pas. C’est la réalité, c’est aussi la vérité.

Dukkha (ou Duhkha en sanskrit) est composé

  • d’un préfixeduh, signifiant “ce qui est mal”
  • du radicalkha, issu de khanati (“il creuse”), qui signifie l’ouverture, un trou et plus fréquemment encore le moyeu d’une roue.

Lorsque le trou d’une roue où vient se loger le moyeu est mal placé et  n’est pas au centre, la roue ne tourne pas rond : c’est dukkha. Sukha, est l’antonyme de dukkha, que l’on rend généralement par ce qui est bien, « Ca tourne rond ! », être en harmonie avec les choses, un “bien-être”. Aussi dukkha signifie-t-il “mal-être”, être “mal centré”, décentré, être existentiellement à côté de la plaque, quelque chose ne va pas, ne tourne pas rond.

Avec ce premier enseignement le Bouddha ne cherche pas à nous inoculer une vérité comme un vaccin mais nous incite à réfléchir profondément sur la nature de notre existence, à en faire l’expérience directe et comprendre que dukkha est une composante intrinsèque de notre vie, comprendre comment nous réagissons aux circonstances de notre vie et en cela distinguer clairement qu’il est vain de vouloir s’échapper de dukkha par l’intermédiaire de notre « Moi » illusoire. C’est un enseignement utile et efficace pour notre vie quotidienne.

Le Bouddha ajoute : « Avec la compréhension que ceci est la Noble Vérité sur Dukkha, s’élevèrent en moi la vision, la connaissance, la sagesse, la science et la lumière. »

Les trois point de vue sur dukkha

Le premier point est dukkha en tant que souffrance ordinaire : vieillesse, maladie, mort, douleur, détresse, toutes les formes de souffrance physiques ou mentales, association avec des gens désagréables, ne pas obtenir ce qu’on désire.

Le deuxième point est dukkha en tant que souffrance générée par le changement. Une condition de vie agréable, heureuse n’est pas éternelle, même si l’on désirait qu’elle le soit. Ce n’est pas possible : croire ou désirer que quoi que ce soit dure de façon permanente est une illusion et nous conduit à de grandes désillusions. Un changement interviendra à un moment où un autre, un événement basculera notre vie. Alors quand il survient il y a de la souffrance. Ces deux aspects sont faciles à comprendre, on les expérimente tous dans notre vie courante.

Le troisième point est plus ardu à comprendre. Il est lié à notre état conditionné. Ce que nous nommons « l’être », « l’individu » ou le « Moi » n’a pas d’existence intrinsèque, c’est à dire qu’il n’existe pas purement de lui-même, mais est constamment régénéré par un ensemble changeant, une combinaison de cinq éléments impermanents, dénués d’existence propre, appelés les « Cinq agrégats d’attachement » ou les cinq skandhas. Ceux-ci sont en perpétuel changement et il n’y a rien dans ce courant qui puisse être considéré comme une individualité, ou qui puisse être appelé un « Moi ». L’idée d’un « Moi » est une idée fausse, y croire ou s’y attacher est dukkha. Le « Moi » n’est qu’une étiquette, un nom commode que nous mettons sur cet ensemble toujours fluctuant, cet assemblage changeant sans cesse, de ces cinq agrégats. Ils sont appelés d’attachement car si nous nous y attachons, c’est dukkha. Le Bouddha dit : « En résumé, ces cinq agrégats d’attachement sont dukkha. » Donc dukkha et les cinq agrégats ne sont pas des choses différentes ; les cinq agrégats sont dukkha.

Nous les aborderons à la fin de notre étude d’introduction à dukkha.

L’origine de dukkha

Le Buddha expliqua alors quelle est l’origine de dukkha :

« Voici, ô bhikkhus, la Noble Vérité sur l’origine de dukkha : c’est la soif, le désir, liée à l’avidité et à la convoitise, qui produit les renaissances. Elle trouve une jouissance, un délice, dans ceci ou cela, autrement dit c’est la soif vers les plaisirs des sens, la soif de l’existence et du devenir et la soif de la non-existence ou de l’auto-annihilation. »

Cette soif n’est pas la cause première ou la cause unique de l’apparition de dukkha. Elle trouve sa source dans l’idée fausse de l’existence d’un « Moi », et donc de l’ignorance. Cette soif est non seulement un attachement aux plaisirs des sens, au désir de richesse ou de toutes choses matérielles, d’accumuler de plus en plus, mais c’est aussi l’attachement aux idées, aux opinions, aux croyances, à la volonté d’être, de croître de plus en plus. Toutes celles-ci génèrent des conflits et des guerres.

Tant qu’existe cette soif « d’être », de devenir, d’exister, cette soif qui est une force formidable, l’énergie la plus puissante au monde qui actionne nos vies, le samsāra continuera. Seule la vision de la réalité, de la Vérité, de la sagesse, pourra arracher cette soif. Faire des efforts à partir de son « Moi » ou de son ego serait totalement improductif et au contraire renforcerait notre attachement à vouloir dominer notre ego illusoire, à penser pouvoir le modifier de façon permanente alors qu’il n’est qu’une variation de la coalition toujours mouvante des cinq agrégats. Ceux-ci interagissent constamment les uns avec les autres et sont donc dépourvus d’existence propre. C’est assez semblable aux particules élémentaires qui sont constamment en interaction les unes avec les autres, apparaissant et disparaissant. En ce sens nous disparaissons et renaissons à chaque instant, un « Moi » qui existerait et auquel on pourrait s’attacher n’existe pas. Mais si on y croit alors dukkha apparaît.

Qu’est-ce qu’alors la soif de la non-existence ? Le désir que ce qui n’est pas agréable disparaisse.

A nouveau il ne s’agit pas de voir ce que dit le Bouddha sur l’origine de la souffrance comme une théorie, mais d’expérimenter comment apparaît dukkha à l’intérieur de nous-mêmes au cours des évènements de notre vie. Et comment alors changer notre manière de réagir, de voir les choses, changer notre vision, nous transformer. Toute la Voie du Bouddha-dharma est une Voie de transformation, d’actions utiles, d’accepter d’être déstabilisés et de voir nos certitudes partir en fumée. Notre façon ordinaire de voir les choses est de penser que ce sont les phénomènes qui gèrent notre quotidien, la façon éveillée est de voir que l’origine de dukkha chez nous se situe dans notre esprit, qui lui peut se transformer. Ce qui est appelé « le monde » chez les êtres éveillés est la conscience que l’on a de notre monde. C’est cette vision qu’il faut transformer d’un point de vue mondain en point de vue éveillé. Et c’est possible, heureusement.

La cessation de dukkha

Le Bouddha dit : « Voici, ô bhikkhus, la Noble Vérité sur la cessation de dukkha. C’est la cessation complète de cette « soif », l’abandonner, y renoncer, s’en libérer, ne plus s’y attacher. »

On voit que dans son enseignement le Bouddha ne dit pas ce qu’il faudrait acquérir, mais ce qu’il faut abandonner, laisser tomber : extinction du désir possessif, extinction de la haine, extinction de l’illusion. L’extinction de la « soif » est le nirvāna, bien que le nirvāna ne soit pas le produit de quoi que ce soit.

Bonne nouvelle, la troisième Noble vérité nous enseigne la possibilité de la cessation de la souffrance, puisque celle-ci provient de causes et de conditions. Certaines d’entre-elles sont de notre responsabilité, c’est nous qui les avons créées : en les connaissant, nous pouvons agir sur ces causes et ces conditions, et progressivement les transformer. Cette vérité nous enseigne donc que nous pouvons nous libérer de la souffrance et atteindre l’état de libération qu’est l’éveil. Etienne Mokusho Zeisler disait : « Il ne faut pas créer de causes. » Oui absolument car avec des causes il y a toujours des conséquences.

C’est un travail, car nous ne pouvons sortir de dukkha de façon permanente qu’avec notre mort, notre parinirvâna, notre extinction complète. Croire à la cessation de dukkha de façon permanente dans notre vie actuelle revient simplement à s’attacher à la non-existence, ne rien ressentir, ne pas souffrir, se protéger de tout, protéger son « Moi ». Tout cela n’est pas compatible avec vivre. Donc il faut constamment réajuster notre esprit s’il déraille. C’est le chemin.

L’enseignement du Bouddha sur dukkha consiste à ne dire que cela : il y a une origine et il y a une cessation, et il y a un chemin qui mène de l’un à l’autre. Il y a apparition, à la fin il y a disparition, et il y a une pratique pour y mettre fin : c’est la quatrième noble vérité.

Le chemin qui conduit à la cessation de dukkha

Le Bouddha dit :

« Voici, ô bhikkhus, la Noble vérité sur le Sentier qui conduit à la cessation de dukkha. C’est le Noble Sentier Octuple, à savoir : la vue ou compréhension adéquate, la pensée juste ou motivation adéquate, la parole adéquate, l’action adéquate, les moyens d’existence adéquats, l’effort adéquat, l’attention adéquate et la concentration adéquate. »

Tout au cours de son existence après son éveil, l’enseignement du Bouddha tournera autour de ces huit chemins qui sont le corps de son enseignement. Il les expliquera avec des mots différents selon les personnes auxquelles il s’adressera. Il faut les voir comme des pratiques, des champs d’action bénéfiques qui nous permettront de réaliser la libération de notre esprit, l’ouverture, la sagesse et la compassion, ainsi que de pratiquer de bonnes règles de vie et d’éthique. Ces huit divisions du chemin à parcourir vers la réalisation de l’éveil ne sont pas à pratiquer les unes après les autres mais de façon conjuguées. C’est principalement une manière de vivre qui peut être pratiquée par tout le monde et qui conduit au bonheur et à la paix de l’esprit.

Par ces pratiques on recrée sukha, ce qui tourne rond, un bon ordre des choses, l’ordre cosmique disait Maître Deshimaru. Vous roulez en voiture avec une roue qui tourne de travers, mal boulonnée ou je ne sais quoi. Vous vérifiez, un coup de clé à molette et vous repartez, tout va bien, ça roule et puis toc, vous éclatez un pneu. Réparation, attention où vous roulez et à nouveau ça repart, il fait beau, les fenêtres sont ouvertes, l’esprit est clair, tout va bien. Sukha.

Le chemin octuple est facile à comprendre, la question est de le pratiquer chacun de nous, et chaque jour, dans nos pensées, nos actions, nos interactions avec nos semblables, de faire le mieux qu’on peut. Sans effort, pas de Voie spirituelle. Ces bonnes actions, ces actions transcendantes nous permettent d’éliminer ou de diminuer les trois racines ou trois poisons : l’avidité, l’aversion et la stupidité, l’ignorance. C’est bien pour tout le monde.

La vue ou compréhension, la pensée ou la motivation, la parole, l’action, les moyens d’existence, l’effort, l’attention et la concentration, sont des termes que tout le monde comprend. L’enseignement du sentier octuple consiste en ce qu’ils soient justes ou adéquats. « Tel est l’Octuple sentier des Nobles réalisé par le Tathāgata. Il donne la vue, la connaissance, il conduit à la tranquillité, à la connaissance suprême, à l’éveil, à l’extinction. »

Le Sentier Octuple est regroupé selon trois éléments essentiels : la conduite éthique (Sīla), la discipline mentale (Samādhi) et la sagesse (Prajñā). La conduite éthique juste ou adéquate est basée sur l’amour universel et la compassion pour tous les êtres vivants et toutes les nobles qualités du cœur. La discipline mentale est d’éviter et se débarrasser des états mentaux mauvais et malsains. Elle inclut la méditation. La sagesse comprend la pensée juste, non-égoïste et non-violente, et la compréhension juste qui elle consiste à comprendre les choses telles qu’elles sont, les voir dans leur nature véritable, sans nom ni étiquette. Pour cela il faut que l’esprit soit entièrement libéré de toutes impuretés par la pratique de la méditation.

Il s’agit de bien voir que le Sentier octuple n’est pas juste une bonne liste de qualités facile à reconnaître mais consiste dans une manière de vivre qui peut être suivie, pratiquée et développée par chacun. C’est une discipline, une purification de soi-même menant à notre transformation. C’est un chemin de pratiques menant à nous transformer, la simple connaissance du Sentier ne suffit pas, il faut le suivre et nous y tenir.

Les cinq skandhas ou cinq agrégats d’attachement

Les cinq skandhas – skandha veut dire un tas, un regroupement, un amas, traduit par agrégat – sont ce qui va nous faire exister, comme le combustible donne existence au feu. Toutes relèvent de notre esprit, ce ne sont donc pas des briques d’une construction mais des activités, des processus mentaux qui concourent à expliquer « ceci est moi, je suis moi ». Les agrégats d’attachement ont à voir avec l’anātman, il n’y a rien de permanent dans les êtres. Donc les agrégats expliquent ce qui constitue l’idée du « Moi », comment se construit l’idée du « Moi », comment arrêter de construire l’idée du « Moi ». Le « Moi » est vu comme vide de substance, il n’est en rien permanent, ni indépendant, mais n’est qu’une construction mentale, une étiquette, formée de ces cinq agrégats. A leur tour ces agrégats ne sont pas des éléments permanents, mais des actions qui changent tout le temps selon les causes et les conditions, qui sont multiples. Ce groupement des cinq agrégats change alors également tout le temps.

On peut donc comprendre à partir de ce modèle que ce que nous appelons le « Moi » n’est qu’une construction mentale réunissant des éléments d’action, qui eux-mêmes changent au gré des causes et conditions multiples. Ce que nous appelons le « Moi » n’a en fait aucune existence en lui-même, mais n’est qu’une illusion créée par la conjonction des cinq skandhas. Ce « Moi » n’est que l’idée que je m’en fais, l’idée que je construis alors qu’en réalité il n’existe pas, ce n’est qu’un processus de création qui change à chaque instant. Si nous fabriquons un « Moi » alors nous ouvrons la porte au samsāra, aux six mondes humains du samsāra. Nous créons alors notre monde à partir de notre « Moi » illusoire, c’est le monde du samsāra, le monde fabriqué dans notre esprit à partir des conditions dans lesquelles on vit. La cessation de ce monde-là est le nirvāna, où l’être éveillé voit le monde directement dans sa réalité et non à partir des constructions mentales qu’il fait à cause des agrégats d’attachement.

La théorie des agrégats n’est certainement pas simple à comprendre, il faudrait l’étudier beaucoup plus profondément et s’en rendre compte à partir des activités, des pensées, des actions que nous menons à travers notre vie. Une compréhension théorique est bien loin d’une appropriation de cette façon éveillée de voir les choses et ce que nous croyons être notre « Moi ». Cette vision lie notre compréhension des quatre Nobles Vérités, le Non Soi, l’anātman, le chemin octuple, la co-production conditionnelle, le samsāra et le nirvāna. C’est un tout qui constitue l’essentiel de l’enseignement du Bouddha : comment voir les choses, comment passer de l’origine à la cessation de dukkha par la compréhension et la pratique.

Les cinq agrégats se partagent en deux groupes :

  • L’agrégat des formes (rūpa-skandha) : il ne s’agit pas ici des formes matérielles mais d’une activité de l’esprit, un processus mental, qui conçoit une forme, tout ce que à quoi je m’identifie d’une façon si forte qu’il me donne une « forme ». Par exemple : avoir un travail, être de sexe masculin ou féminin, ma nationalité, mon éducation, la couleur de ma peau, etc.

 

  • L’agrégat des ressentis (vedanā-skandha) : ce qui me plaît, ce qui ne me plaît pas, ou qui me laisse indifférent. C’est à partir du ressenti que nous créons notre monde. Le monde dans lequel nous vivons, que nous créons à partir de notre ressenti, dépend des représentations du « Moi » que nous fabriquons.

 

  • L’agrégat des représentations mentales (samjñā-skandha) : les actes de connaissance des objets aussi bien physiques que mentaux, leur perception, et la représentation mentale que l’on s’en fait par association.

 

  • L’agrégat des constructions mentales (samskāra-skandha) : la confection des représentations mentales. Par association et distinction des représentations mentales, on va se fabriquer un « Moi ».

 

  • L’agrégat des actes de conscience (vijñāna-skandha) : les prises de conscience à partir de l’information donnée par les sens. La connaissance discriminante qui sépare le sujet de l’objet.

 

Donc en résumé, à partir de la perception des objets physiques et mentaux, nous en faisons des représentations mentales par association et distinction. Pour cela il faut se distancer des objets eux-mêmes et séparer le sujet de l’objet de façon à ce qu’il puisse remplir la fonction d’un observateur. Tout cela donne lieu à des ressentis à partir desquels nous nous fabriquons une idée de notre « Moi » et de notre  monde. Ce « Moi » et ce monde n’existons que si nous les fabriquons donc il s’agit d’arrêter cette fabrication constante, cette constante renaissance du moi à chaque instant. Le nirvāna est la cessation de tout ce processus. Et le chemin octuple montre comment il faut agir. Ceci est valable pour tout le monde, indépendamment de toute religion.

Les cinq skandhas sont la construction du « Moi ». Tout dans cet enseignement fondamental du Bouddha à Bénarès est lié et forme un ensemble unifié et consistent : les cinq skandhas, la construction du « Moi », de sa disparition et du Sentier y conduisant, la question de dukkha, le sermon sur les Quatre Nobles Vérités, la vision du samsāra et du nirvāna.

Bibliographie:
“L’enseignement du Bouddha”, par Walpola Rahula, Eds du Seuil, Points, ISBN
978.2.7578.4182
« Le bouddhisme », par Peter Harvey, Eds du Seuil, Points, ISBN 978.2.7578.0118.5
« Dhammapada, La Voie du Bouddha », Eds du Seuil, Sagesses, ISBN 2.02.051650.0

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